PILIPPE CARLES — Jazz magazine 01 Jan 2010

Parker, Monk, Powell, Gillespie, Fuller, Davis: la liste des signataires des thèmes (à l’exception du Old Time Southside Street Dance de Joseph Jarman qu’on avait pu découvrir en 1980 dans l’album Ecm “Full Force” de l’Art Ensemble of Chicago et qui, ici, s’insinue dans le parkerien Constellation) justifie l’intitulé du CD. Quant au nom de ce trio enregistré sur une scène lyonnaise, son rapport avec l’indiscret Peeping Tom (devenu en français l’équivalent de “voyeur”) de la légende de Lady Godiva est pour le moins énigmatique — d’autant qu’un groupe pop se l’est déjà approprié. A l’écoute du traitement infligé à ces douze classiques du bop, on peut se demander si les mélodies et harmonies désormais historiques ne sont pas exhibées, déshabillées, scrutées et promenées à travers ce disque (en fait, un concert) comme au XIe siècle la dame de Coventry fut littéralement contemplée, dans sa traversée de la ville, par le seul audacieux spectateur: dans son plus simple appareil et sa pure beauté. Brillamment menée, et à fond de train, l’entreprise de nos trois relecteurs essentialistes n’est pas sans rappeler la gageure (en 1988) de John Zorn “Spy Vs. Spy: The Musc of Ornette Coleman”, manière de bestof accéléré et condensé des compositions du saxophoniste. S’ils font tous montre d’une vivacité et d’une assurance époustouflantes au gré de cet inventaire quasi pédagogique (est-on bien sûr que le répertoire choisi était familier à tous les auditeurs-applaudisseurs et donc que leur enthousiasme n’était pas suscité autant par l’intacte beauté des compositions, que peut-être certains découvraient, que par l’indiscutable maestria des interprètes?), je soulignerai le travail particulièrement impressionnant de Suédois Grip, présent et catalytique sur tous les fronts de cette aventure fondée sur l’énergie.

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