JULIEN HÉRAUD — Improv Sphere 01 Sep 2012

Cet ensemble de neuf compositions ouvertes écrites par le saxophoniste alto Pierre-Antoine Badaroux regroupe des pièces marquées par une esthétique entre le free-jazz, les récentes compositions de Braxton et les compositions de Cage ou Cardew. Je suppose que le système de notation mis en place par Badaroux n’a rien de tradtionnel et repose principalement sur des signes et des graphiques aux interprétations multiples. Car seules quelques idées directrices sur les notions d’espace, de stylistiques, de rythmiques ou de modes de jeux semblent être suivies par le sextet. Un sextet composé d’ailleurs d’admirables et talentueux jeunes musiciens: Pierre Borel (clarinette), Eve Risser (piano), Joel Grip et Sébastien Beliah (contrebasse), Antonin Gerbal (batterie).

Parfois, il semblerait que l’on se trouve devant un ensemble de sound-painting, seules des idées rythmiques collectives sont suivies par les interprètes, un solo émerge et disparaît dans une masse sonore, un groupe de musiciens dialogue entre eux tandis qu’un autre improvise librement. En fait, on ne sait jamais trop ce qui relève de l’écriture, de l’improvisation ou de l’interprétation. Le sextet embrasse indifféremment les trois notions, et perd l’auditeur dans un subtil mélange de ces méthodes musicales. Neuf pièces assez courtes, pour un total de 45 minutes, où s’entremêlent des improvisations collectives puissantes, des séquences écrites et interprétées avec précision, tout en laissant une marge d’interprétation, mais aussi des solos et des dialogues à plusieurs qui rivalisent de virtuosité. Une multitude de modes de jeux et de techniques étendues connues mais appronfondies, jamais gratuites mais toujours mises au service d’une dynamique particulière – car ces compositions jouent beaucoup sur les dynamiques: dynamique du dialogue, des questions-réponses, dynamique des rythmiques jazz et/ou asymétriques, de l’improvisation collective, de la masse sonore et du solo/accompagnement. Une multitude de dynamiques donc pour une intensité et une tension toujours présentes, même aux moments les plus calmes et détendus, en apparence. Une oscillation permanente entre l’ordre, le chaos, la détermination et l’indétermination, la liberté et la contrainte. Et le plus impresionnant dans ces neuf pièces, c’est que peu importe le pôle où l’on se situe, la musique reste unique et cohérente, unifiée et précise, jusque dans ses séquences les plus hasardeuses et spontanées.
Des pièces plutôt nerveuses, variées, virtuoses, intenses, et puissantes. A mon avis, c’est beaucoup plus réussi que les pièces de Braxton qui se noient maintenant trop souvent dans une métaphysique pompeuse. Je dis ça car on peut facilement penser au saxophoniste américain en écoutant ces compositions, alors qu’elles sont pour moi beaucoup plus fraiches et puissantes, plus nerveuses et organiques. Un ensemble de réalisations viscérales, entraînantes, et inventives.

http://improv-sphere.blogspot.fr/

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